Ils nous prennent vraiment pour des
imbéciles !
Ont-ils raison ?
Qui "ils" ? Les
politiciens qui décident des guerres et de notre misère, qui soi-disant nous
"représentent" et qui en réalité ne sont que les gestionnaires des
intérêts des possesseurs du capital, dans chaque pays.
Qui "nous" ? Ceux
qui, dans tous les pays, développés ou sous-développés, produisons et faisons
fonctionner pratiquement tout dans cette société, y compris les usines
d'armement et qui, dans des temps de crise économique et de guerre (cela va
souvent ensemble), voyons notre angoisse
quotidienne s'intensifier, sous la réalité ou la menace du chômage et, pour
certains d'entre nous, sous le feu des bombes ou l'emploi comme chair à canon.
Ils nous prennent pour des
imbéciles, car ils mentent tous,
froidement, cyniquement.
Ceux qui font la guerre et
ceux qui s'y opposent. Ceux qui mènent la guerre ne le font pas pour les
raisons qu'ils prétendent : Bush et compagnie parlent de croisade contre
un tyran, de lutte de la démocratie contre la dictature, alors qu'il s'agit de
pétrole, de marchés et de positions géo-stratégiques.
Les gouvernements qui s'opposent à cette intervention militaire parlent d'amour
de la paix et d'humanisme, alors qu'il s'agit… de pétrole, de marchés et de
positions géo-stratégiques. Les soi-disant opposants
ont aussi les mains pleines de sang et de poudre. L'administration française,
la plus anti-guerre et anti-américaine aujourd'hui, porte une responsabilité directe dans les
différentes guerres en ex-Yougoslavie, dans le génocide au Rwanda en 1994, dans
la première guerre du Golfe, dans celle d'Afghanistan ; ses soldats jouent
en permanence en Afrique un rôle actif et sanglant de police neo-coloniale, comme en ce moment en Côte d'Ivoire. Le
capitalisme allemand n'est pas en reste, le russe n'en parlons
pas.
Ont-ils raison de penser
que nous croyons ce qu'ils nous racontent ?
Les sondages, pourtant objet
connu de multiples manipulations, sont formels : les politiciens sont
devenus, pour la grande majorité de la population des pays où on publie ce type
d'enquêtes, un objet de méfiance, si ce n'est de dégoût. Beaucoup d'entre nous
se méfient aujourd'hui des discours que tiennent les divers politiciens pour
justifier ou s'opposer à cette deuxième guerre du Golfe. Rarement le caractère
sordidement économique des guerres n'était apparu aussi ouvertement. Au point
que parfois, devant la télé, même les plus blasés ont l'impression d'assister à
un crime contre l'humanité en "prime time".
Cependant, certains d'entre
nous, nous nous consolons en croyant à ce que nos politiciens racontent… comme
avec les religions, pour que le monde ne paraisse pas aussi horrible qu'il
l'est. On va même parfois voter pour l'un d'entre eux, comme si des candidats à
la gestion du capitalisme pouvaient être vraiment différents entre eux.
On se console avec des
mensonges parce qu'on n'a pas de projet alternatif. Parce que nous sommes
convaincus qu'un monde différent, un monde où simplement ce n'est pas l'argent
et le profit qui gouvernent, où le bonheur humain peut devenir le seul objectif
de toute production, de toute activité, qu'un tel monde est une pure utopie
irréalisable.
Tant que nous penserons cela,
nous serons condamnés à subir leurs lois, leur exploitation, leurs guerres
absurdes, leur folie autodestructrice de la planète. Et, pour nous consoler,
nous serons poussés à croire à leurs mensonges.
Un autre monde est possible
L'existence d'un nouveau
monde, d'une nouvelle société, sans classes ni patries, basée sur la gratuité
généralisée des biens, sur la coopération et le partage, dépend pourtant de
nous, et seulement de nous. De ceux qui ne profitons pas des lois marchandes,
qui ne vivons pas de l'exploitation du travail d'autrui, qui sommes exploités
(quand on n'est pas laissés sur le pavé)
et qui faisons par notre travail quotidien exister cette machine qui
nous broie. C'est nous qui produisons tous les moyens matériels qui rendent
possible les guerres, c'est nous qui nourrissons et entretenons les politiciens
et les miliaires qui les conduisent. C'est nous qui pouvons leur enlever tout
pouvoir de décision en le prenant nous-mêmes, collectivement, en devenant maîtres
des moyens de production pour les orienter exclusivement vers la satisfaction
des besoins humains.
Le vieux cri de guerre
"Prolétaires de tous les pays, unissons-nous !" est plus actuel que
jamais. Non seulement parce que seule l'union de ceux qui mondialement
subissons le système peut arrêter la logique capitaliste, mais aussi parce que
les moyens matériels, technologiques de cette union se développent sous nos
yeux.
Développer notre confiance en
nous-mêmes. Transformer nos luttes immédiates, partielles, en moments de lutte
contre le capitalisme lui-même, cherchant l'unification la plus large,
réfléchissant, discutant collectivement les contours de la société que nous
pouvons et devons bâtir. Il n'y a pas d'autre chemin, si nous voulons qu'un
jour il n'y ait plus personne pour nous prendre pour des imbéciles.
Des internationalistes
20 mars 2003