IL N’Y A PAS DE CAMP A CHOISIR

REFUSONS LA LOGIQUE MEURTRIÈRE DU CAPITALISME

 

 


Alors que l’humanité détient aujourd’hui les moyens matériels de créer les bases d’une véritable communauté humaine, sans classes et sans patries, alors qu’elle dispose largement des ressources capa­bles d’assurer à tous ses enfants le bien-être et l’épanouissement social, le capitalisme qui tient les rênes du monde à l’aube du 21e siècle  nous place dans une situation désespérante.  Dans de nombreuses contrées de la planète, des populations entières meurent de malnutrition et de maladies qui pourraient être évitées. Même dans les pays les plus riches, des millions de personnes survivent dans une extrême pauvreté, sans emploi et même sans toit.

 

Alors que le vieux rêve d’une terre sans guerres pourrait enfin être à la portée des hommes, ceux-ci subissent au contraire une suite sans fin de tueries sanglantes. Il n’y a pas eu de guerre générale depuis cinquante ans, mais si l’on additionnait toutes les victimes des conflits locaux qui se sont allumés dans l’entre-temps, du Moyen-Orient à l’Afrique, et de l’Amérique Latine à l’Asie, on arriverait à un nombre de morts comparable, voire supérieur, à celui de la guerre mondiale de 1939-45. On peut même dire que le rythme de ces massacres de masse s’est accéléré depuis dix ans : Golfe, Tchétchénie,  Azerbaïdjan, Rwanda, Ex-Zaïre, etc., sans oublier bien entendu la Croatie et la Bosnie. Et maintenant le Kosovo.

 

C’est leur guerre

 

 Ce ne sont pas les travailleurs serbes qui ont décidé de cette guerre, ni ceux du Kosovo, ni ceux des pays qui participent à l’OTAN. Ceux qui dirigent cette monstrueuse explosion de barbarie guerrière, ce sont ceux qui nous gouvernent dans tous ces pays, ces gérants sans scrupules de la logique meurtrière de leur système. Les travailleurs, la population  exploitée, ne participent à cette guerre que comme chair à canon, piétaille militaire, fournisseurs de travail vivant pour leur production de mort.

 

Pour les exploités dans le Kosovo et en Yougosla­vie, la barbarie capitaliste,  ce sont les épurations ethniques, les massacres, l’enrôlement de force des hommes en âge de combattre, que ce soit dans l’armée serbe ou dans l’UCK kosovar, ce sont les frappes « chirurgicales », qui, lorsqu’elles ne tuent pas direc­tement la population civile, la privent de plus en plus des moyens élémentaires de survie. Pour les travail­leurs des pays de l’OTAN, outre l’angoisse et le sentiment d’impuissance qu’engendre la participation de « leur » pays à un tel déchaînement de barbarie guerrière, mais jusqu’ici préservés des pires horreurs de celle-ci, la présence croissante de « troupes au sol » annonce que le capital s’apprête à exiger de plus en plus « l’impôt du sang ».

 

On nous manipule

 

Comme dans toutes les guerres capitalistes, le mensonge, la manipulation idéologique des exploités par leurs gouvernements respectifs, sont des armes qui conditionnent tout. Les guerres modernes se font d’abord avec la télévision dans le cerveau des exploi­tés. Les écrans des télévisions serbes ou russes montrent inlassablement les scènes des horreurs et des souffrances provoquées par les bombardements de l’OTAN avec des commentaires dramatiques sur « les plus grandes puissances de la planète qui écrasent bestialement une petite nation qui n’a commis d’autre crime que celui de vouloir empêcher qu’on lui arrache une partie  de son territoire » ; les médias des pays  de l’OTAN matraquent tout aussi systématiquement les scènes de désolation des camps de réfugiés kosovars, si possible avec un enfant dans les bras d’un soldat de l’« Alliance », « chassés de leurs foyers par Milo­sevic, mais protégés et réconfortés par le généreux geste humanitaire  des forces militaires occidenta­les »  Les uns et les autres mentent, manipulent scientifiquement, les consciences pour tenter de cacher sous l’assourdissant battage propagandiste l’horrible réalité de leurs véritables intérêts et méthodes sordides. La voracité impérialiste de Milosevic avec sa « Grande Serbie » est fondamentalement de même nature que celle des  bourgeois de Russie, des pays de l’OTAN ou de toute autre nation capitaliste. Seule diffère la capacité destructrice de chaque fraction capitaliste, déterminée par le rapport de forces entre  elles.

 

Leur respect de la vie et de « l’humanitaire » est le même lorsque le gouvernement de Milosevic massacre les populations civiles du Kosovo ou lorsque le gouvernement croate se livre aux nettoyages ethniques contre les Serbes ;  lorsque le gouvernement russe fait massacrer la population tchétchène ; lorsque le gouvernement américain se fait complice des  massa­cres des populations kurdes par l’armée turque ; lorsque le gouvernement français, avec la bénédiction de l’ONU, est complice du génocide de plus d’un demi-million de Rwandais ; lorsque les principales puissances économiques occidentales mettent à feu et à sang toute la population irakienne pendant la guerre du Golfe ; lorsque, aujourd’hui,  les armées des princi­pales puissances occidentales tuent et affament la population de toute la Serbie.

On nous manipule pour cacher que les véritables enjeux de la guerre ne sont pas la défense de popula­tions opprimées ou de principes de droit, mais le sordide partage de la planète entre les principales puissances capitalistes. Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, la Yougoslavie avait constitué une zone tampon entre les deux principaux empires capita­listes, le russe et l’américain. Depuis l’effondrement du premier, tels des requins, les petites et grandes puissances s’entredéchirent pour leur part de zones d’influence. Après la première guerre, commencée en 1991, qui aboutit à l’indépendance de  la Slovénie et de la Croatie passées en zone d’influence allemande, après la guerre de Bosnie qui permit aux Etats-Unis de se faire une place dans la zone, après que des fractions entières des populations serbes, croates et bosniaques ont été tuées par centaines de milliers et déportées par millions, le repartage se poursuit avec des moyens et des enjeux toujours plus importants. Eltsine, toujours brutal, l’a dit sans fioritures « humanitaires » : « Les Balkans sont un enjeu stratégique crucial. » Point de contact entre l’Europe, la zone d’influence russe et le Moyen- Orient, les Balkans ont effectivement été un enjeu de premier ordre dans les deux guerres mondia­les et  le restent dans un des derniers conflits impéria­listes de ce siècle.

 

Les va–t’en-guerre

 

L’abjection qui s’accomplit au Kosovo a au moins le mérite de montrer où ne sont pas les amis des exploités : les sergents recruteurs, quelle que soit la raison dont ils couvrent leurs forfaits, sont leurs enne­mis. Parmi eux, il y a bien sûr les partis de droite. Mais cela ne peut surprendre. Ces forces politiques-là, champions classiques de la rationalité cynique du capitalisme, qui méprisent sans fard l’humanité des exploités, se comportent comme d’habitude. Les plus dangereux sont ceux qui appellent au massacre au nom d’idéaux progressistes et « socialistes », qui se récla­ment des grandes traditions du mouvement ouvrier pour justifier la boucherie.

 

Les « socialistes » Schröder, Jospin, Blair, d’Alema, à la tête des gouvernements des principaux pays d’Europe, Solana (secrétaire général de l’OTAN) et le « démocrate » Clinton, président de la première puissance mondiale, conduisent de véritables gouver­nements de guerre. Au nom de la paix, ils sont les premiers chefs des escadrilles alliées qui tuent des travailleurs dans leurs usines ou sous l’uniforme.

 

Sous l’alibi humanitaire, les partis communistes, anciens ou nouveaux, réclament l’arrêt des bombar­dements sur la Serbie et se veulent « pacifistes ».  Mais quand ils participent au gouvernement, comme en France, ils partagent à part entière les responsabili­tés de l’infamie guerrière.

 

Les trotskistes, au nom du droit à la détermination des peuples, mettent en avant les intérêts des Koso­vars. Comme dans chaque guerre depuis 1945, ils sont les champions du « il faut choisir un camp ». Aujourd’hui, certains réclament l’armement de l’UCK et, comme celle-ci est inféodée aux Etats-Unis, ils veulent donc ranger le prolétariat mondial derrière la puissance dans laquelle ils voyaient naguère l’incarnation de l’impérialisme.

 

Les Verts, eux-mêmes, ne sont pas les bellicistes les moins déterminés, Joska Fischer  (devenu ministre allemand des Affaires étrangères ) et Cohn-Bendit en tête : ces gentils défenseurs des oiseaux migrateurs contre les chasseurs s’insurgent quand la cible est animale mais appellent à la mobilisation militaire quand elle est humaine.

 

Que faire ?

 

Pour faire la guerre, les gouvernements ont d’abord et avant tout besoin d’une chose dans leur pays :  la  « paix sociale ». La soumission idéolo­gique et matérielle des travailleurs à leurs gouver­nements est une condition indispensable des guerres capitalistes. Il faut des exploités soumis pour fournir les troupes, même dans l’armée professionnelle, qui iront mourir « pour la patrie ». A l’arrière du front, il faut des exploités soumis pour produire les moyens matériels de la guerre et laisser les politiciens agir à leur guise. De ce fait, la classe des travailleurs, si elle sait se reconnaître et s’affirmer comme telle, possède entre ses mains les moyens d’arrêter la logique folle de ce système meurtrier.

 

Briser la paix sociale, faire de chaque lutte immédiate un moment de la lutte globale contre le système d’exploitation, rompre les chaînes idéo­logiques des « unions patriotiques » et de la soumission à l’ordre établi : les prolétaires, s’ils savent échapper au sentiment d’impuissance que tous les médias distillent, ont le moyen de le faire, et ils devront le faire s’ils veulent éviter la poursuite de l’horreur.

 

La guerre n’est pas une fatalité naturelle. Elle est un produit du capitalisme tout comme le chômage, la misère et l’exploitation. C’est pourquoi la lutte contre la guerre ne peut pas être le combat pour un « capitalisme pacifique » mais la lutte contre l’ordre capitaliste lui-même.

 

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

 

Le communisme n’a jamais existé,

il reste toujours notre avenir.

 

Des internationalistes

1er mai 1999